1. Objectifs généraux de formation
Dans une société pluraliste, globalisée et interconnectée, les élèves côtoient dans leur quotidien des personnes issues de cultures et de milieux sociaux variés et ayant des conceptions du monde diversifiées. Le contexte multiculturel actuel met en jeu une diversité d’attitudes et de points de vue qui ont souvent aussi un fondement religieux. En proposant une étude approfondie des influences culturelles sur les justifications morales, sociales, politiques et religieuses, la discipline «religions et cultures» permet aux élèves d’identifier le fondement de ces justifications et de former des jugements qui en tiennent compte.
Ainsi, la discipline «religions et cultures» s’intéresse, dans une perspective interdisciplinaire, aux défis, de même qu’aux opportunités que la société présente sur les plans individuels, interpersonnels et sociétaux, dans le but de développer la compétence interculturelle des élèves et de promouvoir leur solidarité, tolérance et responsabilité. La discipline «religions et cultures» fournit donc une contribution essentielle à une coexistence constructive au sein d’un monde globalisé.
Les élèves développent également leur capacité de jugement et de réflexion. Ils doivent être en mesure d’examiner de manière critique les représentations médiatiques, les débats politiques, les autorités religieuses ou encore les conflits sociaux. Ils doivent être capables de mettre en balance des arguments et d’élaborer une position personnelle fondée. Sur des thématiques telles que la tolérance, la discrimination, les questions de genre, la radicalisation ou la liberté religieuse, il est décisif qu’ils n’émettent pas de jugements hâtifs, mais qu’ils prennent en considération la pluralité des intérêts, des valeurs et des cadres juridiques. Evoluer dans un monde globalisé présuppose non seulement une compréhension des formes d'expression religieuses ou se référant à la religion, mais aussi une réflexion nuancée sur sa propre vision du monde et celle des autres ainsi que sur les actions qui en découlent.
Dans cette discipline, il ne s’agit donc pas avant tout de mémoriser des faits ni d’acquérir une connaissance purement descriptive des traditions religieuses, mais de développer des compétences disciplinaires et transversales fondamentales. Les compétences les plus importantes sont la capacité à contextualiser, analyser, comparer et mener une réflexion sur des religions et des visions du monde. Les élèves doivent apprendre à ne pas considérer les phénomènes religieux de manière isolée, mais à les comprendre dans un contexte global. Cela implique également d’utiliser de manière nuancée des notions telles que “religion”, “culture”, “identité”, “tolérance” ou “fondamentalisme”, et d’en saisir la complexité. Il est tout aussi essentiel de savoir prendre en compte différentes perspectives, notamment en distinguant le point de vue interne des acteurs religieux, d’une perspective scientifique externe. L’étude des “religions et cultures” favorise ainsi le changement de perspective, la tolérance à l’ambiguïté et la capacité à appréhender la diversité et l’altérité de manière rigoureuse. En effet, la connaissance et le savoir, ainsi que leurs limites, sont toujours marqués par la culture et ne se fondent pas inconditionnellement sur les traditions de l'histoire intellectuelle occidentale.
Le cours de base de «religions et cultures» permet non seulement d'approfondir contenus et méthodes, mais aussi d'analyser des exemples concrets dans le détail. Grâce à des travaux interdisciplinaires, des rencontres, des excursions ainsi que des projets d'échanges interculturels, les élèves ont l'occasion d’appréhender différentes traditions religieuses et culturelles, de les comparer entre elles et avec leur propre vision du monde.
Le monde professionnel exige de manière accrue une pensée réflexive, une capacité de communication interculturelle et un esprit d’ouverture. Les élèves sont préparés à poursuivre des études en sciences des religions, en droit, en médecine, en histoire, en sociologie, en sciences de l’éducation, en psychologie, en éthique, en théologie, ainsi qu’en anthropologie sociale et culturelle.
2. Contribution de la discipline à l'encouragement des compétences transversales
2.1. Compétences méthodologiques transversales
Les titulaires d’un certificat de maturité gymnasiale sont capables
de mettre en pratique des stratégies de recherche d’informations et évaluer les sources de manière différenciée.
de comparer et discuter différentes représentations et postures.
de planifier à l’avance les étapes de travail d’un projet.
d'appliquer des méthodes empiriques en vue de collecter et d’évaluer des données.
d'évaluer de manière critique des résultats de recherche théoriques et empiriques.
2.2. Compétences personnelles
Les titulaires d’un certificat de maturité gymnasiale sont capables
de forger leur propre jugement à partir d’une analyse différenciée de contenus.
de nommer, interroger et commenter le fondement de leur propre pensée et action ainsi que celle des autres.
de se pencher sur des questions existentielles telles que la naissance, la souffrance, la fin de vie et la mort et réfléchir de manière critique à leur propre attitude.
de s'exercer à la persévérance et à la motivation intrinsèque par le biais de projets structurés d’une certaine envergure.
2.3. Compétences socio-communicatives
Les titulaires d’un certificat de maturité gymnasiale sont capables
d'entrer dans une relation respectueuse avec des personnes issues d’autres cultures et/ou ayant des attitudes ou des conditions différentes.
d’engager et conduire un dialogue, et ainsi exprimer de manière verbale et non verbale les règles sous-jacentes à la situation relationnelle.
de percevoir et interpréter différents aspects d’une situation de communication (atmosphère, conditions cadres) ainsi que des expressions verbales et non verbales de l’interlocuteur ou de l’interlocutrice.
de reconnaître les liens entre les stéréotypes, les préjugés et la catégorisation sociale et mettre en évidence les discriminations qui en découlent.
de participer activement à des groupes et défendre leurs positions de manière objective et convaincante.
de justifier leur propre position de manière argumentée lors de discussions et faire preuve d'autocritique à l'égard des opinions de leurs interlocutrices et interlocuteurs.
de développer une attitude critique envers les médias et catégoriser le traitement médiatique des sujets culturels et religieux
3. Contribution de la discipline aux compétences disciplinaires de base constitutives de l'aptitude générale aux études
3.1. Contribution de la discipline aux compétences de base constitutives de l'aptitude générale aux études dans la langue d'enseignement
Les titulaires d’un certificat de maturité gymnasiale sont capables
de développer leur expression orale lors de discussions et de débats.
de comprendre, comparer, contextualiser, interpréter et analyser de façon critique le contenu de textes complexes.
de structurer et formuler de manière précise des textes et des présentations. – de traiter de manière appropriée des questions complexes à l’écrit et à l’oral.
3.2. Contribution de la discipline aux compétences de base constitutives de l'aptitude générale aux études en mathématiques
Les titulaires d’un certificat de maturité gymnasiale sont capables
d'évaluer des données de recherche dans le cadre de projets
d'interpréter et évaluer des statistiques.
de questionner de manière critique des méthodes d’enquête quantitatives.
4. Autres domaines transversaux de l'enseignement
4.1. Propédeutique scientifique
La discipline «religions et cultures» nécessite la clarification de concepts spécifiques et l’identification des disciplines transversales utiles pour la compréhension des objets étudiés. Elle permet de développer des méthodes d’analyse scientifique et de distinguer les contenus étudiés comme étant émiques (point de vue interne) ou étiques (point de vue externe). En outre, elle initie à la recherche, au tri et au croisement de sources, amenant ainsi à la compréhension et à l’interprétation de ces dernières.
4.2. Numérique
La discipline «religions et cultures» exerce à l’utilisation efficace et critique des outils numériques (IA, moteurs de recherche). Elle initie à l’évaluation de la qualité des sources (fakenews, sources orientées, se réclamant d’une autorité fiable ou non). Elle amène également à prendre conscience du rôle des médias dans la formation de l’opinion publique concernant les objets étudiés.
4.3. Interdisciplinarité
La discipline «religions et cultures» permet une collaboration avec des disciplines telles que l’histoire, l’économie, le droit, la géographie, les langues anciennes, les arts visuels, la musique, la philosophie, la biologie, la littérature.
4.4. Éducation au développement durable
La discipline «religions et cultures» identifie et compare différentes conceptions du monde ainsi que leurs conséquences sur la société et la nature. Elle sensibilise également au thème des discriminations des minorités (en matière de femmes, réfugiés, pauvreté et oppression, minorités religieuses, orientation sexuelle, santé) ainsi qu’aux différents modèles de cohabitation sociale.
4.5. Éducation à la citoyenneté
La discipline «religions et cultures» explique l’évolution de la place de la religion dans l’histoire, dans les différentes formes de gouvernance (laïcité, religion d’Etat, etc.), ainsi qu’en lien avec les questions et stéréotypes liés au genre. Elle questionne également la place actuelle de la religion dans les sphères publique et individuelle sur la base de la tolérance et de ses limites (Constitution fédérale : liberté de conscience et de croyance). Elle analyse les phénomènes d’appartenance, tant positifs (dialogue interreligieux, identité, solidarité, richesse de la diversité) que négatifs (communautarismes, dérives et processus de radicalisation, débats actuels qui conduisent aux stéréotypes, stigmatisation sociale, polarisation). Finalement, elle s’intéresse aux objets de votation et analyse les arguments des différents partis.
5. Domaines de formation et compétences disciplinaires
Le tableau ci-dessous n’est pas à suivre de manière linéaire et systématique : il requiert une approche par thèmes que l’enseignant est libre de choisir. Par conséquent, les différents domaines de formation et compétences disciplinaires seront abordés, mais approfondis de façon variable selon les choix de l’enseignant.
Dotation horaire
| Années | 1ère année | 2ème année | 3ème année | 4ème année |
|---|---|---|---|---|
| Nombre de leçons par an | 0 | 0 | 1 | 0 |
Tableau des compétences
| Structure primaire | Structure secondaire | |
|---|---|---|
| Domaines de formation et domaines partiels | Compétences disciplinaires PEC | Domaines d'enseignement transversaux |
| 1. Notions de base issues des sciences des religions et de études culturelles | Les titulaires d'un certificat de maturité gymnasiale sont capables de: | |
| 1.1 Religions et conceptions du monde |
|
PS EC |
|
PS | |
|
||
|
EC | |
|
||
|
EDD | |
| 1.2 Cultures et identités |
|
EDD |
|
PS | |
|
EC | |
|
EDD | |
| 1.3 Transculturalité |
|
EDD EC |
|
EDD EC | |
| 2. Religions et sociétés | Les titulaires d'un certificat de maturité gymnasiale sont capables de: | |
| 2.1 Traditions religieuses |
|
|
|
PS | |
|
||
|
PS | |
| 2.2 Pluralisme religieux |
|
PS NUM |
|
PS | |
|
EC | |
| 2.3 Fondamentalismes et extrémismes |
|
NUM EC |
|
EC | |
|
EC | |
| 2.4 Tolérance et discrimination |
|
EC |
|
EC | |
|
EDD | |
| 3. Défis sociétaux et religieux en lien avec l’actualité | Les titulaires d'un certificat de maturité gymnasiale sont capables de: | |
| 3.1 Autorités religieuses |
|
|
|
PS | |
|
||
| 3.2 Questions de genre |
|
EC |
|
EDD EC | |
| 3.3 Les religions dans les médias et la politique |
|
NUM |
|
EC | |
|
EC | |
6. Orientations méthodologiques et didactiques
6.1. Dispositifs temporels, formats d'enseignement et d'apprentissage
Pour le cours de base, les OC et les journées de projet, différentes formes de pédagogie sont possibles, telles que: cours dialogué, pédagogie de projet, sorties de classe (musées, Maison des religions, cimetière, bâtiments religieux, etc.), projets interdisciplinaires, débats, apprendre en bougeant, école hors les murs.
Le chapitre 5 donne les informations nécessaires sur les domaines de formation et les compétences disciplinaires visés dans le cours de base. En ce qui concerne les OC et les journées de projet, la liste ci-dessous donne quelques exemples de thèmes qu’il est possible d’aborder de manière interdisciplinaire. Cette liste n’est pas exhaustive et peut servir d’inspiration à d’autres thèmes.
Femme et religion
Sexualité et religion
Alimentation et religion
Corps, mode et religion
Religion et santé
Théories sur la fin des temps
La religion dans les médias et la formation d’opinion (fakenews, sources orientées)
Religion et géopolitique
Religion et défis sociétaux (migration, minorités, discrimination, pauvreté, justice et solidarité)
Nouvelles spiritualités (Créatifs culturels)
Nouveaux mouvements religieux (Scientologie, Raël, Témoins de Jehova, ICF)
Croyances populaires (dame blanche, fantômes, superstitions, phénomènes paranormaux)
Figures d’autorité religieuse
Extrémismes et fondamentalismes (islamisme, salafisme, wahhabisme, haredim, BJP, AKP)
Une tradition religieuse à choix
Mystique
Défis sociétaux actuels (éthique environnementale, digitale, bioéthique)
6.2. Évaluation fondée sur les compétences
Les formes d’évaluation orientées vers les compétences sont particulièrement appropriées, dans la mesure où elles permettent aux élèves de rendre leurs acquis visibles. Parmi celles-ci figurent l’analyse de sources, les débats, les podcasts, les vidéos explicatives, les présentations, les études de cas ou encore les portfolios. Peuvent alors être évalués, par exemple, la qualité des sources et leur tri, l’exactitude des contenus, la capacité de contextualisation, la qualité de l’analyse, le questionnement (problématisation, élaboration d’un prompt), la comparaison nuancée des positions, la capacité à transposer les connaissances disciplinaires, la réflexion sur sa propre perspective ainsi que la construction d’un jugement argumenté et cohérent. Du point de vue interpersonnel, les capacités d’écoute, de collaboration, de communication et de créativité devront également être évaluées.
L'évaluation doit permettre de montrer que les élèves ne se contentent pas de connaître les phénomènes religieux et culturels, mais qu’ils sont également capables de les comprendre, de les situer et de les examiner de manière critique.