1. Objectifs généraux de formation
La philosophie prend en charge des questions fondamentales de l’existence humaine. Ses réponses déterminent le cadre à partir duquel notre pensée et notre agir se réalisent. Pour illustrer le propos, nous pouvons indiquer les questions suivantes : Qu’est-ce qu’une vie véritablement humaine ? Qu’est-ce qu’une société juste ? Quelles sont les limites de la connaissance humaine ? Qu’est-ce qui est vrai et qu’est-ce qui ne l’est qu’en apparence ? En répondant à de telles questions, la philosophie s’efforce de donner une plus grande liberté d'action à l’être humain en tant qu’individu et vivant en société. D’un point de vue méthodologique, la philosophie développe ses réponses de manière argumentée, par une réflexion critique et autonome, en dialogue et explication avec autrui, et notamment les grands penseurs du passé.
La philosophie ne s’enquiert pas seulement de la nature des choses mêmes, mais soumet aussi à la réflexion les méthodes de recherche des sciences, que cela soit d’un point de vue épistémologique ou éthique. Elle s’efforce en effet de mettre au jour leurs présuppositions fondamentales (y compris les siennes) tout en interrogeant leurs valeurs implicites. Par là même, la philosophie offre une contribution indispensable à la propédeutique des sciences, en mettant en relation divers domaines de savoir ; elle est, de ce fait, de nature foncièrement transversale. Au travers de la démarche rigoureuse et rationnelle qui la caractérise, la philosophie développe de manière aiguë la capacité à penser de manière critique, logique et analytique, de même qu’elle stimule une sensibilité à la clarté tant linguistique que conceptuelle. Simultanément, elle renforce la capacité à imaginer, à penser dans des contextes plus amples et à proposer des perspectives nouvelles. Elle contribue ainsi fondamentalement à la formation de l’aptitude générale aux études.
La philosophie revêt une importance toute particulière dans la préparation à assumer des responsabilités exigeantes au sein de la société (maturité sociale). Elle offre notamment des instruments avec lesquels les questions éthiques et politiques peuvent être analysées et discutées de manière constructive. Dans la mesure où elle explicite ses propositions de solution dans un dialogue rationnel, la philosophie favorise l’acquisition d’une capacité à prendre en considération avec empathie la perspective d’autrui. La confrontation avec des conceptions différentes permet d’établir une distance critique relativement à ses propres valeurs et modes de vie, souvent adoptés inconsciemment, et ainsi de pouvoir les réévaluer. De cette manière, la philosophie empêche que des pratiques surannées se rigidifient et ouvre un espace pour un développement humain tant sur le plan personnel que social (par ex. relativement au développement durable). Elle fournit un apport essentiel à la formation d’individus autonomes, doués de discernement et de responsabilité, capables de débattre d’avis différents dans une attitude empreinte d’ouverture bienveillante et de respect mutuel. Elle crée par là les conditions fondamentales pour une société ouverte, éclairée et démocratique.
2. Contribution de la discipline à l'encouragement des compétences transversales
2.1. Compétences méthodologiques transversales
Les titulaires d’un certificat de maturité gymnasiale sont capables :
– d’analyser et d’interpréter des textes exigeants (c’est-à-dire de reconnaître la structure d’un texte, définir les concepts, clarifier les questions, de même que de restituer la thèse principale, reconstruire les arguments, ou encore de faire apparaître les présupposés) et, sur cette base, d’évaluer l’angle problématique de la question ainsi que la pertinence de la thèse et de ses arguments (pensée analytique, pensée critique) ;
– de situer différents courants de pensée dans leur contexte historico-culturel et concevoir leur développement (pensée en réseau) ;
– évaluer de manière critique les justifications et les arguments dans leur contexte systématique (pensée critique, pensée en réseau) ;
– d’écrire des textes argumentatifs, c’est-à-dire de formuler des questions, des hypothèses, comme de développer des propositions de solution possibles, défendre une thèse, présenter des arguments en sa faveur et les évaluer, de prendre en considération des objections pour y répondre de manière appropriée, ou encore de synthétiser les résultats de leurs réflexions (stratégies d’élaboration).
2.2. Compétences personnelles
Les titulaires d’un certificat de maturité gymnasiale sont capables :
– de se confronter sur la durée à des questions philosophiques de manière systématique et, par là même, d’acquérir des compétences personnelles décisives pour leurs études actuelles et futures, telles que, par exemple, la persévérance, la concentration, la force de volonté et la maîtrise de soi (motivation à la performance) ;
– de prendre conscience de leurs propres émotions, comme de celles d’autrui, et de les accueillir, mais sans se laisser dominer par elles (perception de ses émotions, empathie) ;
– d’endurer l’incertitude et l’insécurité provenant des difficultés inhérentes aux questions philosophiques, de faire la distinction entre comprendre et approuver, de prendre en considération divers aspects d’un problème et d’adopter à leur égard une attitude d’ouverture et de modestie intellectuelle (réflexion sur soi, résilience) ;
– d’accepter de ne pas tout comprendre immédiatement d’une question, tout en reconnaissant l’intérêt à poursuivre la réflexion ; ce faisant, ils acquièrent la compétence de porter des jugements indépendants et se forment en tant que sujets autonomes et raisonnables (efficacité personnelle, curiosité).
2.3. Compétences socio-communicatives
Les titulaires d’un certificat de maturité gymnasiale sont capables :
– de mener et prendre part à un dialogue exigeant avec leurs pairs, de manière consciente et responsable (capacité de dialogue) ;
– d’être auteurs de leurs propres convictions et d'en assumer la responsabilité, en sachant les formuler d’une manière claire et compréhensible, les justifier et répondre à des objections (capacité à coopérer, indépendance relative) ;
– de prendre au sérieux des avis différents et de résoudre les conflits d’opinion, de manière raisonnable et par la discussion (capacité de coordination).
3. Contribution de la discipline aux compétences disciplinaires de base constitutives de l'aptitude générale aux études
3.1. Contribution de la discipline aux compétences de base constitutives de l'aptitude générale aux études dans la langue d'enseignement
Les titulaires d’un certificat de maturité gymnasiale sont capables :
– de lire un texte de manière minutieuse et approfondie. La compréhension d’un texte philosophique demande de clarifier la signification des concepts centraux, de développer comme d’évaluer les multiples interprétations d’un même propos, ainsi que de reconstruire le cheminement argumentatif du texte et d’identifier les intentions de l’auteur ou de l’autrice ;
– de faire un usage clair et précis de la langue. Lors de discussions orales et de la rédaction de discours argumentés écrits, les problèmes philosophiques sont explicitement formulés, les positions, arguments et objections sont exposés et évalués ;
– de développer une conscience linguistique. La langue, par la diversité de son emploi et son importance pour le développement de la pensée, s’avère être elle-même objet de recherche philosophique.
3.2. Contribution de la discipline aux compétences de base constitutives de l'aptitude générale aux études en mathématiques
Les titulaires d’un certificat de maturité gymnasiale sont capables :
– d’analyser les opérateurs logiques, les démonstrations et les relations conceptuelles ainsi que de les représenter à l’aide de méthodes appropriées (par ex. diagrammes de Venn, table de vérité).
4. Autres domaines transversaux de l'enseignement
4.1. Propédeutique scientifique
La philosophie aide les apprenantes et apprenants à formuler leurs propres questions, à rechercher de manière autonome des sources et de la documentation, à élaborer des problématiques complexes et à en tirer des conclusions logiques. Dans le domaine de la théorie scientifique, elle se penche plus particulièrement sur les méthodes scientifiques et sur la question de savoir ce qui distingue la science de ce qui n'en est pas.
4.2. Numérique
La philosophie a joué un rôle essentiel dans le développement de la numérisation, comme dans de nombreuses autres réalisations scientifiques et techniques (pensons notamment à Leibniz). Cela lui confère encore aujourd’hui l’autorité nécessaire pour réfléchir à ses fondements et à ses limites. La réflexion philosophique porte notamment sur les effets sociaux de la numérisation et sur son instrumentalisation économique (« capitalisme numérique », « capitalisme de surveillance », etc.). Elle procède à une analyse épistémologique et ontologique de la numérisation et examine les conséquences de son utilisation sur nos modes de connaissance, d'action et d'être-au-monde.
4.3. Interdisciplinarité
Du fait de la nature de ses objets et de ses méthodes, la philosophie est interdisciplinaire en plusieurs sens.
En interrogeant les premiers principes de la réalité, elle contribue à mettre en évidence les fondements communs des différents savoirs disciplinaires. En ce sens, la philosophie est transdisciplinaire.
En examinant les fondements de la réalité physique, matérielle, immatérielle et humaine, elle stimule en outre la collaboration entre les différentes disciplines. Elle est de ce fait multidisciplinaire.
En s’efforçant de déterminer les différents modes de savoir, les types de sciences, ainsi que les conditions de possibilité d’une vie véritablement humaine, la philosophie contribue enfin à mettre en dialogue les savoirs disciplinaires enseignés. Elle est dès lors interdisciplinaire.
À l’époque de l’éclatement des sciences et des savoirs, à celle des interrogations critiques sur la distinction entre savoir et opinion, la philosophie peut apporter une contribution décisive à la structuration et l’architectonique des enseignements du cursus gymnasial.
4.4. Éducation au développement durable
La philosophie est l'occasion d'interroger les trois piliers du développement durable (environnemental, économique et social) en questionnant, par exemple, les notions de nature, de profit et de solidarité. L'éthique, la philosophie politique et la métaphysique enrichissent ainsi le regard et la réflexion des apprenantes et des apprenants afin de leur permettre de dépasser dans leur vie de citoyennes et de citoyens une approche naïve et viscérale de ces problématiques.
4.5. Éducation à la citoyenneté
D'une part, dans son travail d'élaboration éthique et politique, la philosophie vise le développement de l'être humain en tant que citoyen autonome et responsable. Pour ce faire, l'apprenant, comme tout être humain, doit être en mesure de juger, c'est-à-dire de déterminer par la raison, aidée de l'imagination et de la sensibilité, comment agir, que faire et que dire dans une situation précise. Savoir juger permet ainsi de prendre la mesure de ses actions. L'exercice de cette capacité de jugement contribue à maintenir, entretenir, voire enrichir un monde commun où nous tous avons à faire la preuve de notre humanité. D'autre part, la réflexion en philosophie politique à propos de la justice distributive et du régime politique susceptible de la mettre en œuvre de la meilleure manière offre un complément fécond à l'enseignement disciplinaire en histoire.
5. Domaines de formation et compétences disciplinaires
Dotation horaire
| Années | 1ère année | 2ème année | 3ème année | 4ème année |
|---|---|---|---|---|
| Nombre de leçons par an | 0 | 0 | 2 | 3 |
Tableau des compétences
| Structure primaire | Structure secondaire | |
|---|---|---|
| Domaines de formation et domaines partiels | Compétences disciplinaires PEC | Domaines d'enseignement transversaux |
| 1. Ethique | Les titulaires d'un certificat de maturité gymnasiale sont capables de: | |
| 1.1 Fondements |
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|
EC | |
| 1.2 Théories éthiques |
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EDD EC |
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||
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ID EC | |
| 1.3 Applications |
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EDD NUM ID EC |
| 2. Philosophie politique | Les titulaires d'un certificat de maturité gymnasiale sont capables de: | |
| 2.1 Fondements |
|
ID EC |
| 2.2 Théories politiques |
|
ID EC |
|
ID EC | |
|
ID EC | |
| 2.3 Applications |
|
EDD NUM ID EC |
| 3. Théorie de la connaissance, épistémologie et logique | Les titulaires d'un certificat de maturité gymnasiale sont capables de: | |
| 3.1 Fondements |
|
PS |
|
PS | |
| 3.2 Théories de la connaissance |
|
PS |
|
PS | |
| 3.3 Théories des sciences |
|
PS ID |
|
PS NUM ID | |
|
PS ID | |
| 3.4 Logique et théorie de l’argumentation |
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PS |
|
PS | |
|
PS | |
|
PS ID | |
| 3.5 Applications |
|
EDD PS NUM ID EC |
| 4. Métaphysique et anthropologie | Les titulaires d'un certificat de maturité gymnasiale sont capables de: | |
| 4.1 Fondements |
|
PS NUM ID |
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EDD ID | |
| 4.2 Théories métaphysiques |
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|
|
EDD NUM ID | |
| 4.3 Applications |
|
EC |
|
NUM ID | |
6. Orientations méthodologiques et didactiques
Les orientations méthodologiques et didactiques de l'enseignement de la philosophie naissent des questions philosophiques elles-mêmes. Elles peuvent être notamment proposées dans une perspective systématique (par domaine), historique ou thématique.
Il est possible de déployer une réflexion systématique à partir des cinq domaines susmentionnés en les complétant si nécessaire.
Une approche historique permet de montrer comment naissent et s'élaborent des problématiques au sein de différents courants de pensée au cours du temps et dans leur contexte culturel, ainsi que de les comparer entre eux d'un point de vue critique. Elle se doit toutefois d'éviter l'encyclopédisme, le parcours d'une simple histoire des idées ou encore celui de la mise en scène d'un progrès d'un philosophe à l'autre.
Une perspective thématique vise l’approfondissement particulier d’une problématique à l’intérieur d’un domaine d’étude ou à l’intérieur d’une ou de plusieurs œuvres d’auteurs.
Il ne s’agit en aucun cas d’opposer les modalités et contenus de ces différentes approches. Elles sont complémentaires. Il est en tout point souhaitable que les itinéraires historiques et par domaines s’enrichissent mutuellement pour exercer les mêmes compétences : la problématisation, l'argumentation et la conceptualisation dans des situations concrètes d'analyse, d'oralité et d'écriture.
6.1. Dispositifs temporels, formats d'enseignement et d'apprentissage
Outre les leçons régulières, l'enseignement de la philosophie peut être mis en œuvre selon différentes modalités, telles que par exemple : une option complémentaire, des cours blocs lors de journées thématiques, des ateliers transversaux d'argumentation, des séquences d'enseignement interdisciplinaire.
Les modalités d'apprentissages peuvent être structurées autour de travaux de groupes, individuels, dirigés ou en autonomie.
Cet enseignement classique peut être prolongé par la participation ou l'organisation d'un festival de philosophie, de cafés philosophiques, de voyages d'études, etc. Des conférences, visites d'expositions, la participation à Jeunesse Débat ou aux Olympiades de philosophie sont aussi envisageables.
L'enseignement de la philosophie peut collaborer de façon fructueuse avec d'autres disciplines dans le cadre de journées d'études portant sur les thèmes transversaux tels que durabilité, citoyenneté, numérique ou propédeutique scientifique.
6.2. Évaluation fondée sur les compétences
L'évaluation fondée sur les compétences n'est pas envisageable indépendamment de connaissances acquises et exercées. L'élève doit démontrer que celles-ci sont incarnées et lui permettent de construire une réflexion personnelle et mûre.
Cette évaluation peut prendre diverses formes : l'interprétation de textes, l'essai, la disputation écrite ou orale, le dialogue socratique, la dissertation herméneutique, le pastiche, etc.
Ces évaluations n'ont pas à être uniquement sommatives. En fonction du temps à disposition ou de formats d'enseignement favorables (cours-bloc par exemple) elle peuvent être formatives et éventuellement effectuées par les pairs.